Interview de Vincent Leclerc, réalisateur de RUN

Comme vous avez pu le constater via mon post du 14 juin dernier, le cours métrage RUN m’a particulièrement interpellé. Ce projet réalisé et monté avec brio par un jeune directeur artistique et webdesigner Vincent Leclerc avec des moyens dérisoires, est une pure invitation à enfiler ses runners et à aller fouler l’asphalte parisien. J'ai donc souhaité aller au delà de ce coup de coeur et la frontière entre l’activité virtuelle du blogging et le monde réel étant parfois très ténue, je suis entré en contact avec Vincent qui a gentillement accepté de répondre à huit questions afin de comprendre la genèse de ce beau projet.

Vincent Leclerc en action
Vincent Leclerc en action

Deux questions en une pour commencer : Comment est né ce projet et quels sont tes objectifs via RUN ?

 

RUN est né de ma propre expérience de la course à pieds. En fait, il n'y a rien de vraiment très glorieux dans mon approche de ce sport. A l'époque, j'étais marié depuis deux ans. Et, entre la routine du quotidien et la fabuleuse cuisine de ma belle-mère, j'avais pris presque 10 kilos. Alors, j'ai commencé à courir. Avec une régime sec : pas de vin, pas de pain, pas de fromage. Je fume beaucoup (largement plus d'un paquet par jour), alors la première course à été un désastre. 3 minutes, montre en main ! Une honte !!

Mais je n'ai pas baissé les bras. J'ai continué. Au rythme de 4 à 5 séances par semaine. En ajoutant une ou deux minutes à chaque fois. A la fin je courrais régulièrement entre 1h et 1h30. En 3 mois, j'avais maigri de 12/13 kilos. Progressivement, j'ai repris le vin. Puis le pain. Puis le fromage. Et puis doucement, j'ai arrêté de courir. Nous n'en parlons pas dans RUN ; mais de ma propre expérience courir le matin demande une hygiène de vie assez particulière. Pour vraiment en profiter et apprécier, il faut se lever très tôt. Donc, ce coucher très tôt. Et ce n'est pas toujours simple.

 

Quelles ont été tes sources d’inspiration ?

 

Au risque de surprendre, ma première source d'inspiration a été un court-métrage de Ricardo de Montreuil : The Raven. Un film de science fiction. Les images comme chaque plans sont tout simplement magnifiques.


Je ne suis pas réalisateur de métier. Mais je travaille dans la communication et l'image depuis plus de 10 ans.

Alors comme ce film m'avait donné envie d'en faire un moi-même, une question s'est imposée. Quelle histoire ? 

En prenant en compte un certain nombre de paramètre (scénario, acteur, budget), je me suis dis que peut être que l'histoire d'un mec qui court était probablement ma meilleure option. Alors RUN, c'est beaucoup de mon expérience. Kilian joue vraiment un rôle. Lui aussi court. Beaucoup. Et son approche est différente de la mienne. Disons que dans le discours du film, il y a un peu de nous deux. Avant de me lancer dans l'écriture du film et puis après pendant le tournage, j'ai fait très attention à ne pas être influencé par ce qui pouvait être fait ou ce qui avait déjà été fait. Je voulais rester le plus vierge possible de toute influence... Même si ma culture pub est forcément très présente dans le film.

Le site marchant I-Run ainsi que le blog Wanarun ont été tes partenaires. Quel a été leur apport au sein de ce projet ?

 

En toute sincérité, notre objectif à Renaud, Kilian et moi, en faisant ce film n'a jamais été autre chose que de raconter cette histoire. Mais au fur et à mesure de l'écriture, je/nous avons pensé que peut-être quelqu'un pourrait l'acheter. J'ai contacté de grandes marques. Mais soit le timming était mauvais, soit le film pas assez bon... Reste que seul iRun nous a accordé un peu d'espace sur leur deux blogs. C'est essentiellement grâce à eux que nous rencontrons le petit succès que nous constatons aujourd'hui. Et pour ça, nous les remercions sincèrement.

Pourquoi avoir choisi de brosser le portrait d’un jogger matinal ?

 

RUN est un film qui mélange beaucoup de mon expérience et (un peu) de celle de Kilian. Ce dernier à apporté quelques modifications justifiées et intelligentes au film que j'avais écrit.

Mais l'essence du film repose sur mon approche de la course.

Quand j'ai commencé à courir, je partais de chez moi vers 5h/5h30. Parce que je devais me rendre tôt au bureau ensuite et puis parce que à Paris, à cette heure, il n'y a pas de voitures et pas de touristes.

(Cela aussi, on en parle pas dans RUN, mais à 5h du mat' à Paris, il n'y a que des clochards et des rats).

J'aurais aimé tourné le film à ces heures là, mais la technologie dont je disposais (grosse problématique de lumière) et le manque de budget nous ont forcé à modifier les horaires.

J'aurais vraiment aimé, parce que Paris, à cette heure là est une autre ville. Ca, on le dit dans le film : on a beau y habiter, vraiment, on redécouvre Paris.

 

Pratiques-tu la course à pied ?

 

J'ai travaillé pour le leader du Fitness à Paris pendant 8 ans. Donc, j'ai fait pas mal de tapis. Mais à cette époque, c'était plus pour m'échauffer que pour courir vraiment. Ensuite, comme je le dis plus haut, j'ai couru pendant une grosse année. Avec acharnement.

Et puis plus rien pendant 12/18 mois. Séparation, déménagement, changement de jobs... La vie, quoi. Depuis que le film est terminé, je cours à nouveau.

Et putain !, ce que c'est bon.

Killian dit cette phrase simple mais tellement pleine de sens : Je cours parce que j’aime ça. Est-ce que cette maxime s’applique à toi ?

 

Toutes les phrases que prononce Kilian dans le film ont été "préparées". Kilian et moi, à l'époque, travaillions ensemble, dans le même studio de création. Quelques jours avant le tournage de l'interview, nous avons listé les grands thèmes et le type de réponse. Pour autant : lors du tournage, aucune phrase n'était vraiment écrite : c'est une pure improvisation de Kilian. Et un gros boulot de montage. Alors si certains peuvent penser que Kilian ne joue pas et qu'il raconte sa propre histoire ; ils se trompent. Et cela fait de lui un bel acteur. En vérité, ce matin là, il m'a bluffé.

 Quant à cette phrase "je cours parce que j'aime ça", c'est en effet l'une des phrases "chocs" du film. Plus encore, la phrase qui compte pour moi est "j'ai appris à aimer ça". Mais je crois, personnellement, que c'est plus compliqué que ça. Au fur et à mesure du tournage, nous avons beaucoup échangé avec Kilian. Dont l'approche du running est plus basée sur la compétition. Et nous avons décidé d'orienter le film vers l'aspect "agréable malgré la douleur". Il s'agissait pour moi, pour nous, de garder une approche "commerciale". Parce que nous avions envie de vendre ce sport. Parce que, au final, c'est très probablement agréable parce que ça fait mal.

Que signifie le Running pour toi ?

 

C'est un sentiment particulier. Il y a la liberté, d'abord. Et puis plus qu'un sport, j'ai le sentiment que la course à pieds  est un moyen de savoir qui je suis. C'est un peu bateau, mais bon...

Je considère ce sport comme un sport ingrat. Parce qu'il faut un certain temps pour l'apprécier. Et qu'il faut accepter la douleur. Parfois, l'ennui. Mais parce que c'est ingrat, parce que ça fait mal, ça en dit long sur celui qui court. Quand je me suis levé à 6h et que je suis l'un des rares parisiens à courir dans les rues de la capitale, je me dis que je suis le genre de personne qui ne subit pas. C'est ça : courir me rappelle que je sais me battre.

Pourrait-il y avoir une suite à ce beau projet ?

 

Il y a très peu de chance. Principalement parce que je ne sais pas si je referai un film à nouveau. Mon ambition, lorsque j'ai écrit RUN, c'était de faire un "vrai" film. Pas un film communautaire. Alors, que de nombreux coureurs l'apprécient est pour moi le plus beau des compliments. Nous avions un petit rêve avec Kilian. Que ce film pousse au moins une personne à se lever pour courir...

Quelques unes de mes connaissances m'ont déjà avouées qu'elles étaient allées courir depuis qu'elles avaient vu RUN. Nous avons gagné !


Merci infiniment à Vincent de m’avoir accordé cette interview qui je l’espère vous aura permis de mieux comprendre le projet RUN et qui sait, le voeu pieux de Vincent de susciter de nouvelles vocations sera-t-il exhausé au delà de ses espérances. 

 

Vous pouvez retrouvez le travail de Vincent Leclerc sur son site officiel : www.sehel.com

Et bien entendu revoir ce fabuleux cours métrage à volonté et en HD :

Pierre

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