Interview de Guillaume Leblanc, auteur de Courir Méditations physiques

Pour faire suite à mon article posté en début de semaine, j'ai souhaité en savoir plus sur l'auteur de Courir Méditations physiques: Guillaume Le Blanc. Je ne suivrais pas la nomenclature marathonienne de cet ouvrage en lui posant 42 questions. Je vais plutôt prendre une approche « la parisienne » en lui posant 6 questions afin de mieux cerner qui se cache derrière ces 42 textes.

 

Jogin: Pouvez-vous nous présenter en quelques phrases la genèse de ce projet ?


GLB: Il m'a toujours semblé intéressant de réfléchir à ce sur quoi l'on ne réfléchit jamais, les petits éléments invisibles de notre ordinaire, tellement ils engagent de choses. Je cours depuis l'âge de 15 ans, j'ai 45 ans, trente ans de pratique, cela méritait une réflexion, qu'est-ce qui se passe quand je cours, pourquoi répéter ce geste, à quoi est-ce que cela rime? Ces petites questions entêtantes ont été le point de départ de mon livre, liées à la conviction qu'il y a beaucoup de philosophie dans l'ordinaire, qu'il suffit de regarder. Une chose devient intéressante dès qu'on la regarde un peu intensément.

 

Jogin: A qui s’adressent ces méditations physiques ?


GLB: Ces méditations physiques s'adressent à tout le monde, au jogger du dimanche comme dirait Miossec, à celles et ceux qui courent beaucoup mais aussi à tous ceux qui ne courent pas et qui se demandent à quoi bon....De l'extérieur, la course semble une activité absurde. Mais précisément courir ne se fait jamais de l'extérieur, c'est une activité dans laquelle on est immergé et qui n'a de sens que par rapport à ce qu'on ressent au dedans. C'est-ce qui est intéressant dans le fait de courir : mon intériorité a besoin de se mettre au-dehors d'elle=même, à l'extérieur, sur la route, pour se tester. Ces tests sont fabuleux : ai-je vraiment de la volonté, suis-je libre de m'arrêter, toutes ces questions prennent un vrai sens pour celui qui court car il les teste à l'air libre.

 

Jogin: Ce livre s’inscrit-il directement dans votre bibliographie qui traite principalement de la critique sociale ou constitue-t-il un « OVNI » parmi vos nombreux ouvrages ?

 

GLB: A certains égards, il s'agit bien d'un OVNI, j'aime cette idée qu'écrire c'est ne pas trop savoir où l'on va, un peu comme quand on court parfois, on ne sait pas toujours où l'on va, j'ai écrit ce livre en courant et l'écriture était nouvelle pour moi, je testais mes idées sur la course en courant puis je m'asseyais à mon bureau après une bonne douche, et j'écrivais ce qui s'était passé dans ma tête et dans mon corps quand je courais, cette impression est unique pour moi, je ne l'ai pas éprouvée à ce point pour l'écriture des autres livres. Après les thèmes de la critique sociale reviennent : après tout, courir a toujours été l'activité des pauvres, de ceux qui n'ont pas d'autres moyens pour se déplacer et puis courir peut être le fait également du fugitf, du hors-la-loi, de celui qui s'en remet à ses jambes pour rester en vie. Cette thématique de l'extrême précarité m'intéresse dans tout mon travail, associée à la manière dont le corps s'y oppose. Il est certain que ma lecture de la course à pied est tributaire de ce point de vue. Il n'est pas anodin pour moi que de nombreux champions de marathon commencèrent leur vie très pauvres, courant pieds nus, comme Abebe Bikila.


Jogin: Dans votre chapitre intitulé, la première fois vous évoquez toutes vos premières fois. Mais quel a été votre première expérience de la course à pied ?

 

GLB: Je me souviens très bien qu'un ami de mes parents Pierre Terrier était un coureur de fond à Toulouse, enchaînait les marathons et s'était mis en tête de me faire courir ainsi que mon frère. Donc la première fois, c'était dans le Lot, sur une route de colline très pentue, avec mon frère on essayait de répondre aux questions de ce drôle d'adulte alors que nos boyaux grimaçaient. Ensuite, j'ai pris le virus et j'ai fait mon premier marathon à 17 ans pour avoir la paix avec mon prof de sport de terminales qui était un fana de rugby (on est alors dans le sud-ouest à Figeac) et s'était mis en tête de me faire jouer intensément au rugby. Je me suis donc inscrit au marathon de Montauban et j'ai tenu comme j'ai pu, après avoir cherché à abandonner au trentième.


Jogin: Pouvez-vous nous dressez le portrait de Guillaume Le Blanc coureur de fond ?

 

GLB: Je cours en moyenne 4/5 fois par semaine et j'ai participé à plusieurs marathons, dont celui des Villages l'an dernier. Cette année je me suis inscrit au marathon de Rome, participe à des semi et des 10000 mètres.


Jogin: Ce n’est pas tous les jours que je peux adresser des questions à un philosophe, alors j’en profite : Au-delà de l’aspect méditatif que peut engendrer la pratique de ce sport, pensez-vous que le marathon répond à une quête identitaire de nos sociétés occidentalisées ?

 

GLB: Le marathon est devenu un phénomène social. Il est, c'est certain, un symptôme de nos sociétés qui fonctionnent à la mobilité,à la mobilisation, à l'accélération. Courir c'est alors se sentir dans le coup, se voir et être vu comme sujet mobile à qui on peut faire confiance. Mais la pratique de la course déborde le symptôme, car courir c'est bien se tester, se forger une philosophie portative, et toute la beauté de ce sport est là.


Merci beaucoup à Guillaume Le Blanc d'avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions.

 

Sportivement

 

Pierre

 



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